05 juin 2008
Sorolla
Notre dernière visite aujourd'hui aurait dû se passer au Retiro mais avec le temps magnifique que nous avons, nous avons préféré ne pas prendre de risque et nous nous sommes rabattues sur le musée Sorolla. Je ne regrette pas du tout ce changement de programme bien au contraire.
Le musée est situé dans la maison même de l'artiste et on y rentre par ses jardins magnifiques et patio andalou inspirés des "Reales Alcazares" de Seville ou de l'Alhambra de Grenade. La maison de style 19ème a été réalisée en 1820 avec des colonnes de style Renaissance. A l'intérieur, on peut admirer en plus des tableaux, de beaux meubles espagnols (garbeño notamment), de magnifiques lustres Tiffany, des bronzes et autres collections plus populaires de faïence et bénitiers.
Joaquin Sorolla est un peintre espagnol né à Valence en 1863. Il a suivi une formation académique conventionnelle. Au tout début de sa carrière Sorolla se cherche un peu, il peint par exemple "Marina" (1880) une scène de marine très réaliste à la manière d'Eugène Boudin, ou un tableau orientaliste "Moro con naranjas" (1885/1886). Au 19ème siècle le sommet de la peinture c'est la peinture historique. Ce type de peinture est entré en crise quand en 1889 à l'exposition universelle la médaille d'or est attribuée à un peintre espagnol Jimenez Aranda qui fait de la peinture sociale. Sorolla se met alors à faire de la peinture populaire et à peindre donc, ce qui le caractérise vraiment, les petites gens: des pêcheurs dans "Le Retour de la pêche" (1894), des prostituées dans "La Traite des blanches" (1895), des paysans dans "Le Transport du raisin" (1900), des enfants handicapés dans "Triste Herencia" (1900).
Ensuite, il représente beaucoup sa famille, son épouse Clotilde et leurs trois enfants Maria, Joaquin et Elena. Lorsque naît cette dernière, il signe le tableau "Madre" (1895): dans un grand lit, véritable harmonie de blancs à la Whistler, une femme couve son bébé du regard. Puis en 1904 "Mis hijos", où l'on trouve une forte référence à Velazquez à la fois de par les couleurs sombres utilisées et par le visage brouillé de sa fille comme dans les Fileuses et aussi de par la composition qui nous rappelle les Ménines.
Sorolla est un amoureux des couleurs mais par la dimension de ses tableaux et des corps représentés il excède l'impressionisme. Il utilise des couleurs qui reproduisent l'expérience visuelle sans s'intéresser à l'impression de volume. Il a par contre un grand intérêt pour certains moments extrêmes de la journée qui transforment les couleurs (et où par exemple les ombres deviennent mauves) et pour les reflets (d'où les nombreux tableaux sur la mer qui à l'époque n'intéressent pas grand monde). Autre spécificité, l'impressionisme est en réaction avec la photographie, mais s'en inspire pour son objectivité et son autre façon de regarder la réalité à travers l'encadrement. Pas de composition mais une sélection de ce que voit le peintre. Enfin il peint selon différents points de vue (comme un photographe qui peut prendre une photo à genou ou debout), ce qui peut créer un effet de perspective curieux comme dans le tableau de la "Bata Rosa" (1916) ou "Despues del baño" où les pieds sont vus d'en haut et le visage est à notre niveau.
Ci dessous une photo de son atelier où sont exposés essentiellement des paysages et des portraits. Il va réaliser comme un parcours des jardins historiques en passant des jardins mauresques de l'Alcazar de Séville, la cour des Orangers de la mosquée de Séville, l'Alhambra, la Granja de Ségovie. On voit dessous un de ses tableaux les plus connus "Promenade le long de la plage" (1909).
Pour gagner sa vie, il réalise de nombreux portraits. Notamment lors d'un voyage aux USA, il profite du fait que le grand portraitiste américain John Singer Sargent est en train de se retirer pour reprendre une partie de son marché en réalisant des portraits des présidents américains ou de grandes familles comme les Vanderbilt. En Espagne également il peint les portraits de grandes familles, notamment le portrait d'Alfonso XIII à la Granja.
En 1911 il peint ce tableau "La sieste", inhabituel de part la dimension et la couleur dominante utilisée. On peut y trouver une référence à un tableau de J. S. Sargent, "Deux jeunes filles vêtues de blanc".
Peu après 1911, grâce à un mécène américain, il a l'opportunité de réaliser trois expositions aux Etats Unis qui furent un énorme succès. En 1912 ce mécène lui propose un énorme projet, celui de décorer la bibliothèque de The Hispanic Society of América à New York, dans laquelle il reproduira les gents, les coutumes de plusieurs régions espagnoles. Il tente d’exprimer une Espagne éloignée des clichés, mais il y tombe irrémédiablement. Ce projet l'éloigne de chez lui pendant de nombreuses années.
En 1915, il peindra deux de ses plus célèbres tableaux, Sortant du bain, Valence et Pêcheuses valenciennes, puis il se retirera chez lui où il passera ses dernières années à réaliser une peinture plus intimiste.
Alors qu'il peignait en 1920 le Portrait de madame Pérez de Ayala, il est atteint d’une hémiplégie dont il n'allait jamais se remettre. Petit à petit, la flamme s'éteindra, et il mourra à Cercedilla, près de Madrid, le 10 août 1923.
Mes préférés pour la fin:
El balandrito (1909)
Admirez la décomposition en couleur de l'enfant dans l'eau ! Un peu à la manière de l'autoportrait cubiste de Dali
ROMPEOLAS, SAN SEBASTIÁN, 1917-1918
Pour en voir plus:
http://www.galeriade.com/pemgila/categories.php?cat_id=60
04 avril 2008
Modigliani Part II
Bouh je me rend compte près d'un mois après que j'avais laissé ce post en brouillon... Bon alors voici mes notes prises lors de notre visite du mois dernier au musée Thyssen-Bornemisza, ce n'est certainement pas exhaustif et il y a peut être des erreurs...
Qui aura le courage de lire ce long long article jusqu'au bout? Enjoy !
Pour rappel, il s'agit d'une exposition située sur deux sites différents retraçant le parcours de Modigliani. J'avais vu rapidement la 1ère partie "Modigliani et ses amis", ici il s'agit de retracer le parcours de Modigliani en le confrontant à quelques tableaux et sculptures de ses maîtres.
Modigliani, né dans une famille intellectuelle de juifs italiens commerçants, suit à partir de 1902 une formation à l'école libre du nu, la Scuola Libera di Nudo de l'Accademia di Belle Arti à Florence dirigée par le professeur Giovanni Fattori, le peintre chef de file des Macchiaioli où il se familiarise avec la peinture impressionniste italienne.
Un an plus tard, il découvre la Biennale de Venise et les vogues européennes en matière d'art: les oeuvres de Cézanne, Toulouse Lautrec et Van Gogh retiennent son attention.
En 1906 il arrive à Paris et visite les principales galeries de l'époque, où il put contempler les oeuvres de
Gauguin, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Cézanne, Matisse et du jeune
Picasso.
On démarre l'expo par quelques tableaux de Toulouse Lautrec, Gauguin (Autoportrait 1893/1894), Cézanne (portrait enfant). Puis c'est au tour du tableau "Le mendiant en hiver" acheté par Paul Alexandre et peint par Modigliani en 1909. Il s'agit d'une réédition d'un tableau familial (typique de la peinture baroque).On peut remarquer que le visage est formé comme celui du portrait de l'enfant de Cézanne i.e contour du visage marqué et visage peint par tache. Modigliani a alors du mal à vendre à cause de son style qui n'est ni classique ni révolutionnaire. Paul et Jean Alexandre ses premiers protecteurs n'ont pas beaucoup d'argent et lui offrent une aide plus matérielle que financière.
Nous avons vu ensuite le "Garçon au gilet rouge" peint par Cézanne en 1880/90 dans lequel on retrouve la ligne, les contours très marqués, une gamme de couleur restreinte. Le corps et le visage sont traités par tâche. A coté se trouve "Le violoncelliste" peint en 1909 par Modigliani, on y retrouve le style de Cézanne avec une grande masse chaude (le violon) au milieu d'un ensemble froid. Au dos de ce tableau on y trouve un nu d'une jeune fille. Pas d'ér*stime, ni d'esthétisme ici, le but est de présenter l'âme de cette jeune fille et l'angoisse liée à la transformation. Comme on peut le voir dans d'autres tableaux de la période bleue de Picasso, de Klimt où le corps de la femme est représentée de façon anticlassique ou de Munch "La puberté". Pour peindre ce qui se passe à l'intérieur, il utilise la ligne plus abstraite qu'une tache ou un point. D'autres au contraire s'intéressent aux corps physiques des femmes comme on peut le voir dans les "Baigneuses" de Cézanne peint en 1896 ou encore Derain (tous exposés ici).
Modigliani qui se considère avant tout sculpteur se tourne vers l'art primitif et notamment les statuettes de Biery et les masques. L'exposition nous permet de suivre chacune des étapes de ce cheminement. En 1909 il fait la rencontre déterminante de Constantin Brancusi (dont est exposé un portrait inachevé au dos d'un violon) qui lui prodigue encouragements et conseils techniques. Nous avons vu le Baiser de Constantin Brancusi (1907/1908), sculpteur admirateur de Rodin mais qui s'en éloigne physiquement et de par son style car "sous un grand arbre rien ne pousse". Tous deux partagent le goût pour la taille directe, le contact immédiat avec la pierre. De 1909/11 à 1913, Modigliani se consacre presque uniquement à la sculpture et au dessin, surtout des études pour ses têtes sculptées et ses cariatides.
En 1914 Modigliani arrête définitivement la sculpture à cause de sa maladie pulmonaire. En 1915 il revient vers la tradition africaine et applique la technique des masques en peinture comme une empreinte de sculpture et perce les yeux. Il réalise ainsi des tableaux comme Teresa (1915), Mme Othon, La Tête Rouge (1915). Cet attrait pour l'art primitif est partagé avec ses contemporains comme Picasso et Derain.
Tête dont le contour est fait de pointillés sur fond vert, le visage est constitué de tâches dont on ne voit pas la direction. Ce qui est révolutionnaire c'est l'introduction du concept fragmentaire et accidentel dans la peinture. Il peint quelque chose qui est détérioré comme une peinture murale peinte à Pompei.
Nous avons vu ensuite le Fumeur (1913), un portrait de Diego Rivera (1914), Juan Gris (1915). La pose du jeune homme évoque la pose du jeune homme de Caravage vu dans une exposition précédente. On trouve également plusieurs oeuvres de Picasso dont notamment les trois musiciens avec Max Jacob peint en moine. Il fût ami avec Modigliani avant qu'il se convertisse au catholicisme et lui a présenté Paul Guillaume qui sera son marchand jusqu'en 1916. Cette année là, Modigliani réalise le portrait de Max Jacob, cubiste dans sa structuration.
Les yeux creux indiquent un paradoxe typique du 20ème siècle, l'âme immortelle et le corps périssable or certains justement considèrent le contraire. l'âme angoissée tourmentée dans les ténèbres (comme l'était Modigliani). La structuration de l'espace derrière disparait, le fond devient neutre, gris.
Modigliani fait en 1916 une rencontre déterminante pour sa carrière, celle de Léopold Zborowsky, poète polonais en exil. Anna son amie devint l'un des modèles préférés du peintre. En 1917 Modigliani va un peu mieux financièrement car le goût du marché a changé et est plus en adéquation avec sa peinture. Il réalise cette année là une exposition sur les nus revus par la modernité qui fût dénoncée pour outrage à la pudeur et fermée le jour du vernissage. Jusqu'ici les nus classiques rentraient dans le cadre du tableau, ici ce n'est pas le cas. La lecture qu'on peut en faire est tout d'abord la violence faite au corps de la femme (mut*lation) et aussi une plus grande proximité ce qui renforce la charge ér*tique du tableau Sur ce tableau peint en 1918/19, on y voit une femme séduisante endormie pour contrebalancer l'ér*tisme du tableau. Volonté de faire une abstraction du nu en structurant le tableau avec des gammes de couleurs (comme Velazquez l'a fait dans sa Venus au Miroir). Autre nu (1917) plus ér*tique car le bras ne cache pas le s*exe, on voit les aisselles alors pour compenser les yeux sont fermés et elle porte un collier comme dans l'Olympia de Manet. Enfin ce nu qui se tourne permet de représenter le devant et le derrière dans un même tableau (comme le fit aussi Ingre dans son Odalisque en 1814).
Suite et fin: Modigliani rencontre en 1917 Jeanne Hébuterne (modèle de Foujita) avec qui il eut une petite fille Jeanne en 1918. Son état de santé s'aggravant ils séjournèrent à Nice puis remontèrent à Paris où il mourut le 24 Janvier 1920. Sa femme enceinte se suicida en se jetant d'une fenêtre au cinquième étage, deux jours après le décès de Modigliani. Leur fille fut élevée en Italie par la famille de Modigliani et écrivit une biographie importante de son père intitulée: Modigliani: Homme et mythe. Peu de temps après sa mort la cotation de ses tableaux s'envola...
Quelques uns de mes tableaux préférés
Mujer sentada con vestido azul, 1918 Muchacha con pelirroja con camisa 1918
Vous en voulez encore ? !
Jeanne Nue et Amédéo Modigliani
Critiques Ordinaires: Rétrospectives Musée Luxembourg
La page de Dedo...
Peintre Analyse
Sénat Exposition Modigliani
26 février 2008
Modigliani Part I
La prochaine visite avec notre guide concerne l'exposition de "Modigliani et son époque" qui se déroule (jusqu'au 18 Mai) sur deux sites différents, d'une part le musée Thyssen-Bornemisza et d'autre la Fondation Caja
Madrid. Etant donné qu'on ne peut faire les deux sites (vu qu'on passe en général deux heures sur 5 tableaux), je voulais aller voir celle qui est exposée à la Caja Madrid (et au passage gratuite). On y trouve des tableaux de Modigliani et de ses amis de Montparnasse (Marc Chagall, Jacques Lipchitz, Chaïm Soutine, Moïse Kisling, Ossip Zadkine, Tsugouharu Foujita, Jules Pascin). Les tableaux sont exposés par catégorie: les portraits, les nus, les paysages, les dessins et aussi des photographies d'époque.
J'y ai donc vu de beaux tableaux notamment de Chagall et de Foujita que j'ai découvert mais voilà sans notre guide en une bonne demi heure on avait fait le tour et qu'est ce qu'on trouve au tour de Sol?? Ben plein de magasins de tissus ... Voilà donc grosse razzia et le pire c'est que j'y retourne demain, arrff...
Desnudo con brazo levantado, 1923 Femme nue à la tapisserie (1923) (celui ci n'est pas exposé à la Caja Madrid)
11 février 2008
Reina Sofia Suite
Donc après avoir passé un bon moment sur Guernica, nous avons enchainé sur quelques tableaux de Dali. Le premier "Cenicitas" peint en 1928 représente toutes ses obsessions. A 24 ans Dali toujours vierge est persuadé qu'il est ho*os*x*el, il avait un profond dégout pour les femmes. Il était attiré par Lorca qui lui affichait ouvertement son ho*os*x*alité mais la peur du refus social lui faisait fuir celui-ci lorsqu'il se montrait trop entreprenant. Tout ceci, provoquait chez Dali une grande tension. Ce qui tracassait Dali, c'est la perte de sa v*rg*nité car elle implique de faire un choix.
On trouve donc dans ce tableau un corps humain central et un corps de femme mutilée, des cadavres d'âne (notez la patte de l'âne de forme ph*ll*que) exprimant la mort avec un vautour mangeant la bouche de l'âne pourri, des s*ins féminins, des v*g*ns, des mains représentées en rouge (exprimant ainsi la culpabilité liée à la m*st*rb*at*on) sur un oeuf (fécondation impossible). Lorca est représenté avec des yeux exhorbités et Dali à gauche rêve d'un Lorca idéalisé (représenté sous forme de guitare), on voit dans le carré représentant Lorca une paire de s*ins pouvant signifier "Au lieu de la femme je veux Lorca". Mais tout ce qu'il veut de sa relation avec Lorca c'est une production artistique où Lorca serait sa muse.
Puis nous avons vu ensuite le "Grand M*st*rbat*ur" peint en 1929. Dali a alors rencontré Gala et Paul Eluard. Le corps androgyne de Gala lui provoque moins de dégout et elle devient sa maîtresse.
Ce tableau est une synthèse de son évolution et présente une combinaison des problèmes dans lesquels il se trouve. On y retrouve le thème de la m*st*rb*t*on avec l'homme qui fait l'amour à une statue, le sentiment d'abandon avec le hameçon qui pêche une pièce puis l'abandonne, les nerfs dans le cerveau qui illustre les théories freudiennes (différence entre le moi et le çà). Le visage de Gala est représenté de façon éphébique. On note l'aspect ph*ll*que de la cigale avec des fourmis qui représentent les frissons ch*rnels. Des représentation féminines avec les coquillages ou encore le lys... On remarquera en bas à gauche l'homme qui va vers la droite alors que son ombre va à gauche vers une femme et son enfant. Référence au fait que le choix d'un compagnon implique d'être seul et sans descendant. Les plumes d'indien (et le lion où?) comme images de l'amour ch*rnel?
Le tableau suivant s'intitule "Monument impérial à la femme-enfant" et a été peint en 1929.
Il retrace l'histoire s*x*elle de Dali. Tout commence en bas sur le lit par la m*st*rb*at*on (présence d'un petit m*st*rb*t*ur). Puis c'est le rêve avec la voiture fossile accidentée qui est la porte d'entrée sur les roches (du cap Creus). Dans ces roches on voit surgir une femme, qui provoque le dégout et la terreur d'un homme qui se cache les yeux et un autre qui se détourne. Mais ce chemin provoque le rire de la société et mène à une autre forme de terreur qui est la marginalisation. Il faut donc rompre le vase (symbole de la ch*steté) autoportrait de Dali et une fois la décision prise, c'est la souveraineté de l'amour physique (lion).
Au pied du totem on trouve l'image de l'Angélus de Millet que Dali réinterprète en disant qu'il s'agit de deux paysans qui viennent d'enterrer leur enfant. Il faut savoir que Gala ne pouvait avoir d'enfant.
En dessous on voit un enfant qui montre un totem rempli de fourmis (plaisirs ch*rnels) et de clés. Dali avait une très mauvaise relation avec son père et lui en veut car il considère que c'est l'éducation restrictive qui pousse à l'ho*os*x*alité.
Enfin au premier plan à droite on voit une image du squelette de Guillaume Tell (père c*strat*ur) avec sa pomme sur la tête.
Le dernier tableau que nous avons vu s'intitule "L'énigme sans fin" peint en 1938.
Lorca a été fusillé en 1936, 7 ans après la fin de la "relation" avec Dali. Buñuel hom*ph*be (h*mo refoulé) tombe amoureux de Dali et ne peut tolérer la "relation" entre Lorca et Dali. Il l'attire donc à Paris via son art. Dali dont l'obsession est son génie (veut surpasser Picasso), monte à Paris pour réaliser son 1er film surréaliste "Le chien Andalou". Lorca interprète le film comme une insulte à son égard.
Pendant deux ans après sa mort, Dali est obsédé par Lorca, tout lui rappelle Lorca.
On voit donc dans ce tableau un paysage de bord de mer (vacances passées ensembles), le visage de Lorca (avec un oeil ensanglanté), un lévrier (chien andalou par excellence), un corps de femme qui s'offre (référence à leurs ennemies/passions communes), une barque avec son filet reprisé par une femme vue de dos, un cadavre, l'olivier (au premier plan), une mandoline. Tout ceci provoque la mélancolie du penseur qu'on devine à gauche. Seule le visage de Gala apparait de façon claire et nette à droite.
En cliquant ici vous verrez un peu mieux tout cela !
Quelques liens pour en savoir +:
Portail de la fondation Dali et son Catalogue Raisonné (je vous le conseille notamment si vous voulez voir les tableaux en plus grand).
09 février 2008
Reina Sofia
Hier matin visite au musée de la Reina Sofia où vient d'être inaugurée l'exposition retraçant toute la carrière de Picasso.
En 2H30 notre guide nous a détaillé 5 tableaux dont le fameux Guernica (d'ailleurs on aurait pu y passer tout notre temps tant il y a à dire). J'y ai appris beaucoup de choses et je partage donc avec vous les notes prises (pardonnez mes éventuelles erreurs)!
"Guernica" peint en 1937 est une commande du gouvernement républicain (communiste) pour le pavillon espagnol de l'exposition mondiale de Paris.
Le 8 janvier, Picasso exécute une série de planches décrivant une sorte d'historiette très caricaturale qu'il intitule Songe et
Mensonge de Franco. On y voit Franco représenté sous l'image du Cid s'attaquant à la République. Cette historiette est adressée aux franquistes et à une partie du peuple pour montrer qu'ils ont été trompés par Franco.
Le Tableau "Guernica" a beaucoup choqué à l'époque. En effet il ne met pas en avant l'héroisme des combattants mais le sacrifice et la commémoration des victimes en ne représentant qu'un homme alors qu'on voit quatre femmes et qu'une place importante est faite aussi aux animaux (taureau et cheval).
Pourquoi Guernica?
Il y a alors deux poches de résistance: le pays basque et la zone de Madrid et tout ce qui est à l'Est de Madrid. Le pays basque bien que catholique et de droite s'est rangé au coté du gouvernement pour s'assurer son autonomie. Guernica est la capitale symbolique du pays basque (présence du parlement et de l'arbre sous lequel les rois juraient fidélité). Les franquistes ont donc voulu faire sauter cette poche de résistance en testant un nouveau concept de guerre, celui de la terreur sur les villes. Mais ce sont les nazis qui ont bombardé (pour tester leurs nouvelles bombes) cette ville un jour de marché...
Picasso utilise dans ce tableau des thèmes préalablement abordés notamment celui de la tauromachie. On peut s'en rendre compte en regardant des essais pré et post scriptum.
Que viennent donc faire dans ce tableau un taureau et un cheval? Veulent ils représenter quelque chose de positif?
Tout d'abord le cheval et le taureau sont deux acteurs importants de la corrida, évènement espagnol par essence. A ceci près qu'il mourrait à l'époque plus de cheval qu'aujourd'hui car ils n'étaient pas protégés.
Le taureau (ou le minotaure qu'on voit dans d'autres tableaux, comme le "Minotaure et sa jument morte", "La Minotauromachie", "Minotaure aveugle guidé par une fillette" à l'image de la petite fille qui offre des fleurs à Frankeinstein) représente l'Espagne, la masculinité, la brutalité aussi (Espagne réveille toi!). Picasso s'est identifié au Minotaure car il mélange l'aspect humain et animal présent en lui (qui abandonne les femmes et en souffre, parfois les accumule!).
Le cheval blessé est un message à destination des franquistes "Vous allez mourir dans cette guerre". La lance qui le transperce vient du ciel (c'est Franco).
Le soldat seul laissant place aux victimes a des précédents dans la peinture notamment avec ce tableau de Jean Louis David "Enlèvement des Sabines" où les femmes et mères vont peser sur l'arrêt de la guerre.
La bombe n'apparait pas dans le tableau car le combat était inégal par nature.
Les 4 femmes du tableau représentent chaque type de victime: blessée (en dessous de la femme à la lampe), morte (à droite), celles qui perdent un proche (à gauche) et le témoin qui doit se forcer à regarder (comme le public ou comme Picasso à l'époque).
On devine aussi sur le coté gauche du tableau un oiseau tombé sur la table, cet oiseau une colombe symbole de la paix tuée par le cri des victimes (langue humanisée du cheval et langue de la femme) et par le traité de non intervention. La table et l'ampoule montrent que ces victimes ont été tuées chez elles.
Autre symbole, celui de l'oeil, symbole de Dieu qui voit tout, qui est un témoin gênant... Utilisé aussi par Goya dans le tableau des "Fusillés du 1er Mai". Si vous croyez en Dieu comment peut Il tolérer ca? Autre interprétation possible: Je ne crois pas en Dieu mais grâce aux flash (sous l'oeil) des reporters ce crime n'est pas passé inaperçu.
La monochromie du tableau s'explique de plusieurs façons: tout d'abord la monochromie est constante dans la trajectoire de Picasso, ensuite c'est par la presse que Picasso a suivi cette guerre et l'utilisation du noir et blanc y fait référence. Enfin l'absence de couleur évoque la mort et renforce la gravité des faits.
Le message à l'origine était plus partisan et on peut suivre l'évolution du tableau au travers des photos prises. A l'origine donc, la victime a le poing levé et le cheval lèche ses blessures. Après quelques semaines, un soleil et du blé apparaissent dans le poing de l'homme. Puis le bras disparait, ce qui provoque une cassure dans le tableau. Ensuite le soleil disparait et laisse place à un oeil avec des flammes qui montent. Enfin la pupille devient une ampoule ou une bombe) et les flammes qui montaient deviennent comme des éclairs qui tombent.
Au final, Picasso a "adouci" son message car on lui avait confié une mission qui était de convaincre l'opinion internationale d'aider l'Espagne et briser le traité de non intervention pour la victoire d'un monde meilleur. On terminera par le "symbolisme de la fleur et de l'épée. La fleur est unique mais présente au centre de la composition comme une lueur d'espoir. Sa délicatesse, sa fragilité résonne face au désordre et à l'horreur de la scène. L'épée brisée complète la symbolique de paix".
Quelques liens intéressants sur Guernica trouvés en cherchant les tableaux:
http://www.acer-aver.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=36&Itemid=20
http://membres.lycos.fr/guerrespagne/picasso.htm
http://francais.agonia.net/index.php/article/118553/index.html
A suivre dans un prochain post, quelques notes sur les 4 tableaux de Dali.
05 décembre 2007
Fábules de Velázquez
Ce mois ci, nous sommes allés voir l'exposition temporaire "Les Fables de Velazquez" qui a lieu au Prado du 20 Novembre au 24 Février. Cette exposition met en avant l'importance du genre narratif dans l'oeuvre de Velazquez sur des thèmes inspirés de la mythologie et de l'histoire sacrée.
La peinture du maître sévillan qui est l'un des rares Espagnols à avoir
traité des thèmes mythologiques, "ne se comprend qu'en relation avec la
peinture européenne, avec la tradition vénitienne, avec Rubens et les
autres Flamands", selon le commissaire.
Les tableaux de
Velazquez sont exposés en miroir avec 24 oeuvres d'artistes de la même
époque ou bien légèrement antérieurs, parmi lesquels Le Titien, Le
Caravage, Rubens, Poussin et Le Greco.
Ci dessous quelques uns des tableaux que j'ai apprécié (le portrait est de Caravage)

Pour en admirer un peu plus:
http://www.museodelprado.es/es/pagina-principal/exposiciones/info/en-el-museo/fabulas-de-velazquez/




















