04 avril 2008
Modigliani Part II
Bouh je me rend compte près d'un mois après que j'avais laissé ce post en brouillon... Bon alors voici mes notes prises lors de notre visite du mois dernier au musée Thyssen-Bornemisza, ce n'est certainement pas exhaustif et il y a peut être des erreurs...
Qui aura le courage de lire ce long long article jusqu'au bout? Enjoy !
Pour rappel, il s'agit d'une exposition située sur deux sites différents retraçant le parcours de Modigliani. J'avais vu rapidement la 1ère partie "Modigliani et ses amis", ici il s'agit de retracer le parcours de Modigliani en le confrontant à quelques tableaux et sculptures de ses maîtres.
Modigliani, né dans une famille intellectuelle de juifs italiens commerçants, suit à partir de 1902 une formation à l'école libre du nu, la Scuola Libera di Nudo de l'Accademia di Belle Arti à Florence dirigée par le professeur Giovanni Fattori, le peintre chef de file des Macchiaioli où il se familiarise avec la peinture impressionniste italienne.
Un an plus tard, il découvre la Biennale de Venise et les vogues européennes en matière d'art: les oeuvres de Cézanne, Toulouse Lautrec et Van Gogh retiennent son attention.
En 1906 il arrive à Paris et visite les principales galeries de l'époque, où il put contempler les oeuvres de
Gauguin, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Cézanne, Matisse et du jeune
Picasso.
On démarre l'expo par quelques tableaux de Toulouse Lautrec, Gauguin (Autoportrait 1893/1894), Cézanne (portrait enfant). Puis c'est au tour du tableau "Le mendiant en hiver" acheté par Paul Alexandre et peint par Modigliani en 1909. Il s'agit d'une réédition d'un tableau familial (typique de la peinture baroque).On peut remarquer que le visage est formé comme celui du portrait de l'enfant de Cézanne i.e contour du visage marqué et visage peint par tache. Modigliani a alors du mal à vendre à cause de son style qui n'est ni classique ni révolutionnaire. Paul et Jean Alexandre ses premiers protecteurs n'ont pas beaucoup d'argent et lui offrent une aide plus matérielle que financière.
Nous avons vu ensuite le "Garçon au gilet rouge" peint par Cézanne en 1880/90 dans lequel on retrouve la ligne, les contours très marqués, une gamme de couleur restreinte. Le corps et le visage sont traités par tâche. A coté se trouve "Le violoncelliste" peint en 1909 par Modigliani, on y retrouve le style de Cézanne avec une grande masse chaude (le violon) au milieu d'un ensemble froid. Au dos de ce tableau on y trouve un nu d'une jeune fille. Pas d'ér*stime, ni d'esthétisme ici, le but est de présenter l'âme de cette jeune fille et l'angoisse liée à la transformation. Comme on peut le voir dans d'autres tableaux de la période bleue de Picasso, de Klimt où le corps de la femme est représentée de façon anticlassique ou de Munch "La puberté". Pour peindre ce qui se passe à l'intérieur, il utilise la ligne plus abstraite qu'une tache ou un point. D'autres au contraire s'intéressent aux corps physiques des femmes comme on peut le voir dans les "Baigneuses" de Cézanne peint en 1896 ou encore Derain (tous exposés ici).
Modigliani qui se considère avant tout sculpteur se tourne vers l'art primitif et notamment les statuettes de Biery et les masques. L'exposition nous permet de suivre chacune des étapes de ce cheminement. En 1909 il fait la rencontre déterminante de Constantin Brancusi (dont est exposé un portrait inachevé au dos d'un violon) qui lui prodigue encouragements et conseils techniques. Nous avons vu le Baiser de Constantin Brancusi (1907/1908), sculpteur admirateur de Rodin mais qui s'en éloigne physiquement et de par son style car "sous un grand arbre rien ne pousse". Tous deux partagent le goût pour la taille directe, le contact immédiat avec la pierre. De 1909/11 à 1913, Modigliani se consacre presque uniquement à la sculpture et au dessin, surtout des études pour ses têtes sculptées et ses cariatides.
En 1914 Modigliani arrête définitivement la sculpture à cause de sa maladie pulmonaire. En 1915 il revient vers la tradition africaine et applique la technique des masques en peinture comme une empreinte de sculpture et perce les yeux. Il réalise ainsi des tableaux comme Teresa (1915), Mme Othon, La Tête Rouge (1915). Cet attrait pour l'art primitif est partagé avec ses contemporains comme Picasso et Derain.
Tête dont le contour est fait de pointillés sur fond vert, le visage est constitué de tâches dont on ne voit pas la direction. Ce qui est révolutionnaire c'est l'introduction du concept fragmentaire et accidentel dans la peinture. Il peint quelque chose qui est détérioré comme une peinture murale peinte à Pompei.
Nous avons vu ensuite le Fumeur (1913), un portrait de Diego Rivera (1914), Juan Gris (1915). La pose du jeune homme évoque la pose du jeune homme de Caravage vu dans une exposition précédente. On trouve également plusieurs oeuvres de Picasso dont notamment les trois musiciens avec Max Jacob peint en moine. Il fût ami avec Modigliani avant qu'il se convertisse au catholicisme et lui a présenté Paul Guillaume qui sera son marchand jusqu'en 1916. Cette année là, Modigliani réalise le portrait de Max Jacob, cubiste dans sa structuration.
Les yeux creux indiquent un paradoxe typique du 20ème siècle, l'âme immortelle et le corps périssable or certains justement considèrent le contraire. l'âme angoissée tourmentée dans les ténèbres (comme l'était Modigliani). La structuration de l'espace derrière disparait, le fond devient neutre, gris.
Modigliani fait en 1916 une rencontre déterminante pour sa carrière, celle de Léopold Zborowsky, poète polonais en exil. Anna son amie devint l'un des modèles préférés du peintre. En 1917 Modigliani va un peu mieux financièrement car le goût du marché a changé et est plus en adéquation avec sa peinture. Il réalise cette année là une exposition sur les nus revus par la modernité qui fût dénoncée pour outrage à la pudeur et fermée le jour du vernissage. Jusqu'ici les nus classiques rentraient dans le cadre du tableau, ici ce n'est pas le cas. La lecture qu'on peut en faire est tout d'abord la violence faite au corps de la femme (mut*lation) et aussi une plus grande proximité ce qui renforce la charge ér*tique du tableau Sur ce tableau peint en 1918/19, on y voit une femme séduisante endormie pour contrebalancer l'ér*tisme du tableau. Volonté de faire une abstraction du nu en structurant le tableau avec des gammes de couleurs (comme Velazquez l'a fait dans sa Venus au Miroir). Autre nu (1917) plus ér*tique car le bras ne cache pas le s*exe, on voit les aisselles alors pour compenser les yeux sont fermés et elle porte un collier comme dans l'Olympia de Manet. Enfin ce nu qui se tourne permet de représenter le devant et le derrière dans un même tableau (comme le fit aussi Ingre dans son Odalisque en 1814).
Suite et fin: Modigliani rencontre en 1917 Jeanne Hébuterne (modèle de Foujita) avec qui il eut une petite fille Jeanne en 1918. Son état de santé s'aggravant ils séjournèrent à Nice puis remontèrent à Paris où il mourut le 24 Janvier 1920. Sa femme enceinte se suicida en se jetant d'une fenêtre au cinquième étage, deux jours après le décès de Modigliani. Leur fille fut élevée en Italie par la famille de Modigliani et écrivit une biographie importante de son père intitulée: Modigliani: Homme et mythe. Peu de temps après sa mort la cotation de ses tableaux s'envola...
Quelques uns de mes tableaux préférés
Mujer sentada con vestido azul, 1918 Muchacha con pelirroja con camisa 1918
Vous en voulez encore ? !
Jeanne Nue et Amédéo Modigliani
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Sénat Exposition Modigliani





